Comme la face cachée de la lune, il existe des lieux en Asie qui ne se révèlent pas facilement. Des endroits conservés secrets, non par prétention, mais plutôt parce que les propriétaires de ces demeures dites « intimes et raffinées » n’en font pas une priorité.

Ces « hôtes », souvent grands amateurs d’arts et d’antiquités rares, ont su s’intégrer dans des lieux insolites, insufflant une dose de génie dans « l’art d’accueillir ». Chacun à sa façon a restitué et donné à un lieu perdu une grandeur d’âme, de vie peut-être... Grâce à leur sensibilité, ils ont refaçonné l’hôtellerie de luxe conventionnelle en la personnalisant avec goût et un raffinement unique. C’est dans ce contexte que Kim, un jeune homme, poursuit sa quête en Asie par le biais d’un mystérieux médaillon légué par son père. C’est de cette rencontre entre Kim et ces passionnés d’hébergements « fabuleux » que sa recherche « épique » le mènera à sa vérité.




« Je n’ai plus de culture, je n’ai plus de pays, j’appartiens à tous »

Kim, notre découvreur.


Homme élégant à l’esprit raffiné, il menait une vie de dandy. À l’instar des anciens voyageurs, prendre la route était avant tout un développement de l’esprit.

À sa mort accidentelle, mon parrain, baroudeur érudit et dénicheur d’antiquités rares, me prit sous son aile. Il fit de moi un homme du monde, imprégné et baigné d’une culture humaniste.Des plaines blondes d’Afrique australe aux musées de Florence, il m’apprit à être attentif à toutes formes de vies.Relier les fils des constellations, écouter Liszt sur le Danube et comprendre l’histoire par l’archéologie étaient devenus mon école à ciel ouvert.Notre balade terrestre prit fin soudainement un soir rose face à la mer Égée, aux pieds du Mont Athos. Il me quittait définitivement pour une vie méditative.
Il me remit une lettre et me passa un médaillon autour du cou, les deux venant de mon père, qui, dans son style épuré, me conseillait les temples d’Angkor au Cambodge.
La symbolique du médaillon m’y serait révélée.


Ce maigre viatique en poche, je pris la route pour le voyage de ma vie...
Sous les feuilles de manguiers, près de vastes bassins scintillants, quelques vieilles s’éventent dans des hamacs... Dans ce mariage de pierres et de lianes, quelques frises englouties près du Bayon. Est-ce le sourire d’une devata, cette divinité féminine, qui me révélera l’histoire de mon médaillon ? À l’adresse indiquée dans la lettre de mon père, je trouve un lieu d’hébergement ; doux mélange subtil de volupté et d’architecture intégrée à l’abri des regards. Le propriétaire, un ami de mon père, observe méthodiquement le médaillon et me le rend solennellement. À l’encre rouge, il dessine un itinéraire mystérieux sur du papier de riz.


« Voici votre route, suivez ce parcours, mon cher Kim, vous rencontrerez sur ce chemin des hommes et des femmes qui se sont donnés les moyens de recevoir et de concevoir l’accueil d’une façon autre, loin des routes conventionnelles de l’Asie. Tous à leur façon sont passionnés d’arts, de cultures, d’antiquités, des usages de leurs pays, ils pourront peut-être vous aider dans votre quête d’identification de votre précieux médaillon. Vous verrez, ce sont des “maîtres de maison” qui ont bouleversé l’hôtellerie traditionnelle en lui donnant un sens intimiste. Ils ont su, par l’observation, restituer l’essence la plus intime des régions où ils vivent : on y trouve en condensé la culture ambiante.
Leurs divines maisons sont souvent un peu à l’écart, comme sur une frange du monde. Discrets à l’extrême, ils ne vous parleront pas de leurs programmes d’aides aux populations, à leur sensibilité à la préservation de toutes formes de biotopes. Ils savent donner..., c’est d’ailleurs leur vocation première. »

Abasourdi par la tournure des événements, j’embarque sur le Mékong limoneux pour Luang Prabang au Laos. Une élégante « Lady » m’accueille dans le centre ville, dans ce qui semble être l’ancienne demeure d’un prince, empreinte de culture séculaire. Intarissable sur la soie lao, dite sauvage (car noble dans sa confection), elle me raconte ces tribus oubliées qui la tissent et où les femmes arborent encore des piastres dans leur coiffure. Elle me décrit un autre lieu d’exception tenu par un homme rare, qui a un conçu un bijou d’hébergement près d’une rivière où les eaux aux vertus médicinales s’écoulent dans la région de Muang La.

À Chiang Mai, à deux pas du Wat Phra Singh, je séjourne dans une demeure aux apparences de monastère, où les cours intérieures semblent prêtes à accueillir toutes les divinités asiatiques. À l’extérieur, aux heures vespérales, les sublimes jardins aux essences rares tamisent les lumières.
Dans la bibliothèque à l’odeur de bois ciré, le propriétaire identifie un symbole de mon médaillon et m’incite à poursuivre mon voyage vers le nord.
J’arpente le Yunnan, au sud de la Chine, où de fins nuages blancs éperonnent les pics acérés. Je parviens jusqu’aux plantations de thé signalées sur mon parchemin. Ici, dans ma résidence aux allures de palais chinois, je suis initié par mon hôte au Gōngfū, qui peut se traduire non par cérémonie du thé, mais plutôt comme « l’art d’agir avec application ». Dès lors, dans ma tasse de porcelaine, mon thé noir post-fermenté Pu-erh semble contenir à lui seul plus d’arômes qu’un jardin de roses.


À l’ombre des contreforts du Tibet s’étend le district du Shangri La (l’ancienne Zhongdian).
Région sacrée, veinée des fleuves Yangsté, Mékong et Salween, elle a été décrite par l’écrivain James Hilton comme un horizon perdu. Accompagné du propriétaire d’un lieu fabuleux, nous nous rendons au monastère tibétain du Gedan Songzanglin. Les moines, occupés à façonner un thangka, accordent beaucoup d’attention au médaillon et font une vague référence à la gestuelle de Sakyamuni (Bouddha) : il s’agit, en effleurant la terre de la main droite, de la prendre en témoin. Pour tout commentaire, ils pointent l’ouest et se replongent dans leur art. Décidément, les indices sont maigres et le chemin bien long pour découvrir le secret de mon père. La demeure de mon hôte, sorte de refuge pour les âmes, est ceinte de pics blanchis par les neiges himalayennes : y a-t il endroit au monde plus propice à la vie intérieure ? Je pense à tous ces propriétaires de lieux insolites rencontrés qu’un lien invisible semble unir : goût, discrétion, raffinement et une passion des lieux à fleur de peau, toujours si communicative...

Poussant vers l’ouest, j’explore l’insondable Rangoon, les plages maculées et oubliées de Ngapali et les confins nord jusqu’à Putao. Après tout, je ne m’appelle pas Kim pour rien et un hommage à Kipling et sa mythique Birmanie est bien un moindre mal...


Suivant mon plan, je séjourne dans les camps de toile si luxueux de la réserve de tigres de Ranthambhore, puis dans la vieille cité antique de Jaisalmer au cœur du désert Thar. Enfin, dans le même élan, le Kerala coloré où je m’installe durablement dans une demeure située dans la ville, proche du fort colonial de Cochin. Je rencontre en Inde des hommes passionnés par ce grand continent, qui ont construit, imaginé, rêvé des univers comme seule l’Inde est capable d’en offrir dans sa diversité. Leurs villas, lodges et autres palais restaurés les unifient tous dans leur amour pour ce si vaste pays. Ici, je pense aux mots de l’écrivain Nicolas Bouvier : « Je sentais l’Inde s’étendre autour de moi dans les quatre directions de l’espace et la vie comme une main qui avait rejoint la mienne... »


N’ayant que peu avancé sur le secret de mon médaillon, je continue mon « pèlerinage » vers l’île du Sri Lanka et ses hauts plateaux. Je suis reçu dans la partie centrale de l’île, villas nichées au cœur de plantations de thés, datant des années 1890. J’écoute le propriétaire de ces lieux, réminiscences certaines de la période coloniale anglaise, m’expliquer les secrets de l’île magique...

À Bangkok, je réside dans une luxueuse demeure, celle dont rêvent tous les voyageurs nostalgiques des années folles. Je découvre la période d’or du Siam, non pas dans les temples environnants, mais curieusement dans un palace longeant le fleuve. Là encore, le propriétaire a mis tout son cœur à restituer la quintessence de ce beau royaume. Même si de vieux Thaïs me donnent quelques signes encourageants, mon puzzle asiatique ne se révèle toujours pas.


Après avoir longé les plages dorées de la belle Phuket et les mirifiques turbans turquoise de la région de Phang Nga, je suis hébergé à Penang dans une demeure d’époque coloniale habillée de bois blanc, qui affiche un visage « Old China ». De vieux mandarins numismates s’amusent de mon mystérieux médaillon.

Je gagne la secrète Tioman baignée par la mer de Chine. Les villas incrustées dans la jungle, à peine visibles… Les propriétaires, grands amateurs d’arts, ont façonné l’impensable : une sorte de communication rétablie entre l’homme et la nature.

À Kuala Lumpur, ces mêmes hôtes me font découvrir que l’imagination n’a pas de limites et que l’on peut tailler plusieurs rubis inestimables dans une seule vie. La prouesse architecturale de l’île de Tioman a un équivalent dans la grande ville, une gageure… Lové dans un quartier reposant et calme, je contemple mon médaillon qui reste muet à tous ces experts d’arts...

Au sud de la péninsule malaise, perché sur une colline, j’aspire l’air de Singapour, la belle assagie que l’on nommait encore récemment « bu ye tian » ou « place des journées sans nuit… » Pourtant, ici, la maison luxueuse de mon hôte échappe à l’agitation de la ville. Dans ce parc protégé, des ibis s’égrènent dans la pelouse verdoyante. Tous ces « propriétaires » ont, depuis le début de ma mystique incursion, fait de leur vie un roman où chaque convive peut s’inviter...


Je prends la mer pour le port de Surabaya, à l’est de Java. Sur ces terres de lave, je suis happé par le « monument »... Ce haut lieu de l’hébergement dédié à l’art indonésien signifie aux voyageurs qu’ils ont le privilège de séjourner dans un lieu rare : un condensé culturel de l’immense chapelet d’îles appelé Indonésie. Mon hôte m’apprend que les wayang (théâtre d’ombres) rétablissent, selon la légende, la paix sur terre ; assurément, c’est chose faite pour cette région du monde.

Puis Bali, façonnée à l’image des dieux… Je loge près du temple de Tanah Lot, dans une demeure qui prolonge le plaisir en offrant le même esprit qu’à Java.

Au sud-ouest de l’île, au cœur d’un « jardin temple » où foisonnent les fleurs fraîches, le propriétaire des lieux a, semble-t-il, posé ses délicates villas sur un plateau invisible qui pivoterait sous l’effet du souffle de Civa...

Ainsi, chaque jour, les décors changent pour le plus grand bonheur des invités.


De ma chambre, pensant à tous ces lieux d’exception, face aux rizières empourprées, je pense aux mots de Flaubert : « Le style est tout, ce que l’on dit n’est rien ». Je termine ma balade à Bali dans les pavillons raffinés de Sanur, en compagnie d’un médaillon toujours aussi énigmatique...

Le vent favorable gonfle les voiles du bugis vers les îles de la Sonde jusqu’à Sumba, le sanctuaire tropical. Le lieu de résidence de mon hôte est à la hauteur de son écrin, le travail d’une vie pour un tel mariage… Dans l’archipel de Raja Ampat plus à l’est, les effluves de cannelle et de poivre frais des Moluques si proches flottent autour de nous.

C’est ici que s’unissent les eaux du Pacifique et de l’océan Indien. Un homme a su préserver la zone et la restitue toute en douceur grâce à son établissement spécialisé dans l’exploration des fonds marins, dans cette région que l’on appelle le « triangle de corail ». Ici, la mer pour horizon et dans son ventre bleu, hippocampes pygmées et graciles requins folâtrent...


En quittant cet archipel que j’aime tant, je pense à tous ces gentlemans hôtes d’Indonésie, restituant chacun à leur manière ce que le pays a de plus précieux : sa diversité si singulière. Ces îles de lumière auraient pu être pour moi la fin du voyage, mais mon médaillon ne s’est pas encore dévoilé...

Magellan ne croisant plus dans l’archipel philippin, je me contente de le survoler : Mindanao, Bohor et ses mille collines couleur chocolat. Plus au nord, Palawan, la perle rare... Décidemment, cette Asie semble demander aux cœurs sensibles de rejeter toutes ambitions autres que celle de s’y abandonner corps et âme... Est-ce là le premier enseignement de mon médaillon ?


Esch (la racine sémitique d’Asie) signifie le « lieu où se lève le soleil » ; ce que l’astre fait avec application ce jour-là, posant un rayon timide par les portes coulissantes de mon ryokan. Pour un œil non averti, l’inventaire est rapide dans la chambre de mon auberge japonaise : tatami d’Hokkaido et ancienne calligraphie murale. Sans la propriétaire des lieux, créature envoûtante au teint de lait, et ses explications sur les artistes japonais qui interprètent la nature plutôt que de la reproduire, comment espérer saisir quelques bribes de cette culture faite de nuances et de retenue. Je rends hommage, une fois encore, à tous ces propriétaires passionnés, traduisant et partageant leurs connaissances.

Fidèle à mon tracé, j’embarque pour la ville côtière de Busan en Corée. Dans un univers de pins et de bambous, le village d’Hahoe que l’on aperçoit en surplomb, dessine une fleur de lotus. Dans cet hébergement calme fait de bois et d’eau, la maîtresse de maison prépare de petits kimchis. Elle m’invite à goûter ces plats d’accompagnement coréen, pimentés à souhait, tout en se désolant sur le fait que son pays est si peu visité. Dans cette région du monde, mon médaillon ne se révéla pas...

À Taïwan, je suis hébergé dans une suite donnant directement sur les fameuses sources d’eau chaude de Beitou ; mon hôte m’invite à déguster de fabuleux fruits de mer.


Comme un mets raffiné que l’on attend, j’accomplis la fin de mon parcours par le Viêt-Nam. Dans l’ancienne ville de Hué, je suis reçu comme un empereur à proximité de la citadelle, que longe la rivière des Parfums. Avec élégance et raffinement, le propriétaire a su tirer partie de l’influence de la période coloniale, y mêlant savamment arts passés et contemporains.

Ma dernière demeure de charme se situe sur le Mékong au sud-ouest de l’ancienne Saigon. La maîtresse des lieux, grande dame au fume-cigarette, me sert une pomme étoilée au cœur de lait et me tient à peu près ce langage : « Votre médaillon vous raconte une histoire que nous n’entendez pas ».

Je rejoins Angkor Wat sur un bateau de croisière au charme suranné. En costume d’alpaga blanc, je médite sur mon parcours appuyé au bastingage. Sampans effleurant le fleuve jaune, les grues dessinent des flèches d’argent dans le ciel… On ne voudrait jamais arriver.

C’est au pied du Kailash, non loin de Siem Reap, que symboliquement, l’ami de mon père me remet une lettre. Tracés à l’encre de jade, je reconnais les mots sibyllins de mon père :


« Tu as fait une longue route, pour arriver au voyageur... »

Je comprenais peu à peu... Mon père avait orchestré et mis en scène cette histoire de médaillon et me confiait la plus belle des missions : être le dépositaire de ces lieux de passions, visités par le biais de cette quête.

L’idée qui me vint en tête à ce moment précis, fut un vieux mot allemand : Lebenskünstler. Tous ces propriétaires de lieux insolites étaient des artistes de leur propre vie. Ils avaient su extraire le merveilleux de la vie et nous le rendre accessible.

Eu égard à l’admiration et à l’estime que mon père avait pour eux, il m’avait révélé l’essence des relais d’Asie.

Les faire connaître, serait dorénavant le sens de ma vie...

Kim


Voyagez au cœur de l’Asie avec Secret Retreats

Secret Retreats est une communauté d'hôtels de charme indépendants, de villas, de croisières en mer ou sur les fleuves d’Asie, dont les propriétaires partagent tous une même passion du voyage, de leurs cultures et traditions et aiment à les faire découvrir de manière responsable. Cette volonté de préserver l'environnement, la culture et les traditions dans lesquels nous vivons ici est essentielle pour nous tous dans un monde où le danger est l’uniformisation et le non-respect. Professionnels de l'hôtellerie aux valeurs communes, nous souhaitons vous offrir des expériences de voyages authentiques et originaux qui vous feront découvrir l'essence même de l'Asie.

Laissez-nous vous inspirer et prendre soin de votre portefeuille en même temps!
Réservez directement avec Secret Retreats et partez en toute tranquillité avec notre assistance sur le terrain. Contactez nos conseillers voyages et planifiez avec eux un voyage inoubliable en en Asie!